Être un miroir face à l’abîme

Il y a quelque temps m’est arrivée une expérience pas très agréable. J’ai hésité à vous en parler, ne la trouvant pas forcément intéressante, mais un post d’une amie, l’auteure Sophie Dabat, m’a fait revoir ma position. Elle a cité un passage du roman Dune, de Franck Herbert:

I must not fear. Fear is the mind-killer. Fear is the little-death that brings total obliteration. I will face my fear. I will permit it to pass over me and through me. And when it has gone past I will turn the inner eye to see its path. Where the fear has gone there will be nothing. Only I will remain.

Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi.

Cela m’a rappelé une expérience, vécue quelques jours avant. Dans un moment de calme, où j’étais proche d’un état de conscience modifié, j’ai repensé à ma visite d’une grotte fin juillet. Soudain, je ne sais pas pourquoi – et alors que la visite de la grotte avait été très sereine et merveilleuse –, j’ai eu l’impression qu’un gouffre terrifiant s’ouvrait sous mes pieds et que quelque chose qui apportait avec lui la peur panique m’observait.

Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi.
Aphorisme 146 de Par-delà Bien et Mal, traduction de Cornélius Heim (Gallimard, 1971)

Autant vous dire que je ne faisais pas ma fière.
J’ai réagi par instinct ; j’ai fait ce que j’ai nommé, en y repensant, le miroir. C’était comme se tranquilliser dans une conscience simple et sans crainte. Je voyais, mais je ne réagissais plus. Une sorte d’immobilité non statique, une surface d’eau sans pli, légère comme la plus mince des flaques, à peine perceptible. Et le quelque chose est passé, ne voyant que son reflet.

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J’ai pu (non-)agir ainsi parce que j’en avais les moyens. À ce moment-là, j’étais sereine, l’âme tranquille et posée. Dans un état de fatigue ou de stress, je crois que j’aurais dû trouver autre chose…  :p

Bref, c’était pour vous dire: si vous vous sentez assez « posé-e », assez centré-e dans votre hara, l’esprit souple et détaché, il y a cette méthode. Elle n’est pas facile à appliquer, parce que ce n’est pas évident de réunir ces conditions – aujourd’hui, et toute cette dernière semaine, je n’y serais pas arrivée, par exemple. Mais c’est une expérience assez intéressante que de se détacher de ses réactions, de dénouer les causalités et, par là-même, de voir le monstre (= les émotions violentes et destructrices?) se détourner de soi.

Au final, voici ce que j’ai répondu à Sophie:
« Oui, la peur tue l’âme et paralyse l’esprit. Elle attire ce qu’il y a de mauvais. Quand l’abîme nous regarde, il faut être un miroir pour l’abîme et laisser la peur passer. »

 

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